Le REF : Réflexe d’Éjection Fort

Qu’est-ce que le réflexe d’éjection ?
Le sein est constitué de différents éléments qui permettent au lait d’être évacué. C’est le cas de certaines cellules qui se contractent sous l’effet de l’ocytocine. Cette action permet d’évacuer le lait par des canaux jusqu’aux ouvertures situées sur le mamelon, les pores. C’est ce processus qu’on appelle le réflexe d’éjection !

L’ocytocine est une hormone qui joue un rôle essentiel dans plusieurs domaines et parmi eux, l’allaitement ! Elle est dite pulsatile : au cours d’une tétée, il y a souvent plusieurs réflexes d’éjection.
Le premier d’entre eux est parfois repérable par les mères, elles peuvent avoir différentes sensations notamment un picotement dans les seins.

Et le REF ?
Chez certaines femmes, sans qu’on ne sache pourquoi, le lait sort très vite et très fort. C’est lorsque le bébé a du mal à gérer ce flux, qu’on parle de Réflexe d’Ejection Fort.
Il y a des bébés qui s’accommoderont très bien de cette spécificité et d’autres qui auront besoin d’aide, notamment s’il y a des troubles de la succion associés.

Parfois, le REF peut s’atténuer spontanément. Si le débit important de lait était une aide pour le bébé, il peut se retrouver en difficulté lorsque celui-ci diminue.

Enfin, on observe souvent une amélioration du REF lorsque l’enfant grandit et qu’il devient plus à l’aise pour gérer le flux de lait !

Les signes possibles d’un REF
Voici quelques signes qui peuvent témoigner d’un réflexe d’éjection fort :

  • Un bébé qui déglutit très vite
  • Un bébé qui s’étouffe, tousse ou avale de l’air au cours de la tétée (entraînant des signes digestifs : rots, régurgitations, gaz)
  • Un bébé contracté qui ne se détend pas au fil de la tétée, se raidit ou se cambre
  • Un bébé qui pleure plutôt en début de tétée parce que le jet est trop fort et parfois à la fin lorsqu’au contraire le lait n’arrive pas assez vite
  • Un bébé qui laisse couler du lait en dehors de sa bouche ou qui pince ses lèvres pour gérer le flux
  • Les tétées peuvent devenir très compliquées pour la mère et pour le bébé, il peut refuser le sein ou téter le moins possible
  • Du lait qui gicle et inonde la mère et le bébé s’il lâche le sein
  • Des douleurs chez la mère pendant la succion ou au moment des réflexes d’éjection

En cas de REF un ou plusieurs de ces signes peuvent être observés. Ils peuvent aussi évoquer d’autres problématiques comme une difficulté de coordination succion/déglutition/respiration sans qu’un réflexe d’éjection particulièrement fort soit présent. Pour ces raisons, il est conseillé de faire le point avec un professionnel qualifié et compétent en allaitement. Une consultante en lactation IBCLC est à même de vous accompagner face à ces problématiques.

Quelques propositions pour gérer un REF

  • L’une des premières suggestions en présence d’un REF est d’agir sur la position du bébé. Il a été constaté que la tétée se passe mieux dans des positions où la tête du bébé est plus haute que le sein. Une position où le bébé peut facilement bouger voir se retirer du sein en cas de besoin est également intéressante. Par exemple :
      • Allaiter en position semi-allongée, cette position est un élément clé du Biological Nurturing (BN) porté par Suzanne Colson. Elle est également intéressante car elle offre au bébé des appuis précieux pour appréhender le flux de lait.
      • Allaiter à califourchon pour un bébé plus grand
  • Retirer le bébé du sein lorsque l’arrivée du réflexe d’éjection est ressentie par la mère
  • Prévoir un linge ou une serviette ou un petit récipient pour recueillir le lait des réflexes d’éjection ou les fuites
  • Allaiter dès les premiers signes montrés par le bébé, il tétera dans un état plus calme et sera plus à même de gérer le flux
  • Pratiquer des petites tétées fréquentes pour réduire la pression dans les canaux : plus le sein est tendu, plus le réflexe est fort
  • Exprimer manuellement une toute petite quantité de lait avant la mise au sein (attention à ne pas trop stimuler au risque d’entraîner une hyperlactation ce qui aggraverait le REF !)
  • Faire des pauses régulièrement pour que le bébé évacue l’air qu’il avale
  • Après la tétée, maintenir le bébé en position verticale, sans pression sur son ventre, pour faciliter sa digestion, évacuer les rôts et réduire les régurgitations
  • Si le bébé refuse le sein, ces propositions peuvent être essayées : allaiter en marchant ou en écharpe, favoriser un contexte calme et détendu, pratiquer du peau à peau à volonté !
  • Supprimer les galactogènes (bien que leur efficacité ne soit pas scientifiquement prouvée)
  • Pratiquer une compression mammaire en fin de tétée, si le bébé s’agace en raison d’un débit de lait plus lent

REF et Hyperlactation
L’Hyperlactation entraîne souvent un REF mais on peut avoir un REF sans hyperlactation.  Selon la présence de l’un ou de l’autre, les suggestions ne sont pas les mêmes.
Devant une hyperlactation, les stratégies visent principalement à diminuer la lactation. Or, selon la situation que vivent la mère et son bébé ce n’est pas toujours souhaitable ! C’est le cas de l’allaitement en bloc, si par exemple la courbe de poids du bébé stagne, elle n’est pas indiquée. L’évaluation d’un professionnel permettra de déterminer ce qui est adapté à chaque duo.

Le mot de la fin
La meilleure stratégie, c’est celle qui convient à la mère et son bébé, pour cela rien de mieux que d’essayer, s’armer de patience et bien s’entourer !

Louise Moinet pour l’Allaitement Tout Un Art

Sources
Beaudry, S. Chiasson et J. Lauzière – Biologie de l’allaitement, page 45.
Pr. Kerstin Uvnäs Moberg – Ocytocine hormone de l’amour, page 123.
Suzanne Colson – L’allaitement instinctif, Biological Nurturing, page 263.
Allaiter aujourd’hui n° 132 – Hyperlactation et réflexe d’éjection du lait trop fort. Juillet 2022